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Ce nom qui faisait de l'ombre

Presse - par Virginie Daunois

Le Quotidien - 20/05/2011 - Delphine Dard

La libéralisation des télécommunications voulue par Bruxelles au nom de l'intérêt du consommateur peut aussi induire de la confusion et des crispations. Luxembourg Telecom en a fait les frais.

Delphine Dard

L'opérateur privé ayant perdu un procès contre les P&T n'a plus le droit de se nommer ainsi parce que cela a été considéré comme étant de la publicité trompeuse. Au-delà d'une simple affaire de nom, cette décision pose la question de la distribution dans ce marché.


France Telecom, Deutsch Telekom, dans leurs pays respectifs, pas de doute possible on sait qu'il s'agit là d'opérateurs publics.
Au Luxembourg, l'opérateur public se nomme les P&T et n'avait jamais jusque là souhaité ouvertement se nommer Luxembourg Telecom. Mais quand en 2009, l'opérateur privé de télécommunications destiné aux professionnels, Luxembourg Telecom surgit, les P&T ne voient pas d'un très bon œil ce qu'ils jugent être de la publicité trompeuse.

Ils intentent un procès et la justice décide que le nom doit effectivement être retiré car il peut induire en erreur le consommateur même si comme précise le CEO de l'opérateur, Jerôme Grandidier, «nous nous sommes toujours présentés comme un opérateur privé travaillant pour les professionnels».
La décision en appel a été encore plus sévère pour l'opérateur qui pensait avoir gain de cause : il se voit aussi interdire l'utilisation du nom Luxtelecom même si celui-ci reste sa propriété et que personne d'autre ne pourra l'utiliser. Aujourd'hui l'opérateur se nomme Telecom Luxembourg et a décidé de se pourvoir en cassation.

Pour Jérôme Grandidier et Jean-Claude Bintz, président du conseil d'administration de Telecom Luxembourg, cette décision pose plusieurs problèmes. Tout d'abord celle de l'utilisation du nom Luxembourg. En effet, plusieurs entreprises privées ont «Luxembourg» dans leur dénomination et n'ont jamais eu à subir de procès. Ils redoutent ainsi que leur cas fasse jurisprudence au détriment d'autres firmes.
D'autre part, ils estiment que la question de la libre concurrence des opérateurs est ébranlée par cette décision qui favorise l'opérateur historique.


Une saine concurrence


«Nous sommes complémentaires avec les P&T. La plupart des grandes entreprises qui viennent au Luxembourg, ne s'installent ici que parce qu'elles savent qu'elles peuvent avoir un système redondant sur deux opérateurs différents et qu'en cas de problème, elles auront une solution de secours» estime Jean-Claude Bintz.
Selon les dirigeants, il y a de la place pour plusieurs opérateurs au Luxembourg et il faut donc dépasser une simple guerre de noms qui pourrait nuire au pays.

«Luxembourg est au cœur de l'Europe et peut devenir un formidable centre pour l'ICT. Mais s'il n'y a pas plusieurs opérateurs au Grand-Duché, les grandes entreprises hésiteront à venir et on ratera un virage important pour notre économie», ajoute Jean-Claude Bintz.
Telecom Luxembourg estime donc qu'il y a de la place pour tout le monde et que les opérateurs doivent vivre ensemble en bonne intelligence en laissant les clients aller et venir pour trouver la solution qui leur convient le mieux en faisant jouer la concurrence.

Si l'affaire du nom en soi n'est pas le plus important, Telecom Luxembourg a décidé de continuer les actions et s'est récemment pourvu en cassation.
Il ne s'agit pas pour l'opérateur de faire monter la pression, c'est un acte plus symbolique qui a pour but de montrer qu'au Luxembourg, chacun doit pouvoir jouir des lois de la libre concurrence à armes égales.

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